Que pourrais-je vous donner de plus grand que mon gouffre ?

Auteur : Paul Valet

Que pourrais-je vous donner de plus grand que mon gouffre ?

Valet n’écrit pas, il s’écrie ! fort d’une voix qui crisse sous les ruines, qui pousse des bris de cris arrachés au désastre par un corps sans visage, des appels spasmodiques montés de ce puits bouché, de ce néant à sec, qu’est l’histoire du xxe siècle. Paul Valet, profession : rescapé. Moins de la Russie bolchévique, qu’il fuit en wagon à bestiaux dans les années 20, de l’Occupation, qu’il vécut en résistant, les siens partant sans retour pour Auschwitz, que du désastre premier, de ce sinistre universel qui prive l’homme de tout pas, de toute parole, de tout possible. Après ses Paroxysmes (Le Dilettante, 1988), Paul Valet, ivre d’une angoisse à cru, hanté d’un désespoir sans sommation, nous invite, avec ce nouveau recueil (dont la quatrième partie est inédite), à boire à la coupe de l’abîme, à partager son gouffre comme on rompt le pain, en communion naufragée, tant le monde n’est qu’un radeau qui dérive sur du rien. Car la voix de Valet, tôt détectée par Michaux, a la vertu des messages de détresse, l’intensité paniquante d’une sirène d’alarme : ni pince-lyre, ni mégaphone, nul mot pesé, serti, mais une rafale d’échardes, des fragments éructés, des lamentations d’emmuré, une poésie tirée de la nuit comme une lettre du feu par un poète pour qui Au commencement n’était pas le Verbe, mais l’horreur du Verbe., pour qui le vertige est un point de repère. Pour celui que son ami Cioran nommait l’ermite de Vitry, il faut s’installer dans le malheur comme chez soi, mériter son naufrage. Paul Valet ou, comme le présente son ami Guy Benoit,"l’Élu du chaos", un chaos qu’il nous tend comme une main, fraternellement.

Paru le 8 janvier 2020

Éditeur : Le dilettante

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Matthieu Messagier

post-verbum aux demains sans tutelles

la plupart des manèges et la nuit a tardé
dessus les restes hasards de sueurs nouvelles nées
et dès que les rôles emportent les légendes
là où les sons obtiennent le fard à déprendre
sur les voiles de larmes encore rugueuses
que le parage a abandonné derrière lui
des papillons de nuit aux teintes obscurantes
pour ce que leur vie arrête en ce royaume
soudain allument de biais sans que l’os y consente
les us inespérés de mondes en dense et séculiers
et les dés à découdre du moins résolvent les passés
et au chas des jeux de pôles se faufilent d’autres étés
si l’écho des odes après-voir offre la merveille
même surgie d’ailleurs où l’âme se porte sans appareil

inédit pour le Printemps des Poètes