Paysages inexistants suivi de Le monde s’en va de René Pons

Paysages inexistants suivi de Le monde s'en va de René Pons

"Désert

Il a marché longtemps, à l’infini ; puis il est entré dans un mirage de boue séchée. comme les plafonds étaient bas dans ces maisons où il ne pouvaient circuler qu’à plat ventre et où des tentures de laine, graisseuses de suint, masquaient les murs !

Cela se passait de l’autre côté d’un désert jamais traversé, mais dans lequel il avançait pourtant, il ne cessait pas d’avancer, au rythme dodelinant des chameaux, dont les pierres se posaient, sur le sable incandescent, avec des minauderies de ballerine."

Paru le 1er avril 2010

Éditeur : Rhubarbe

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.